Intro
L’Ayurveda, la ‘’Science de la vie’’ décrit trois principes fondamentaux, les doshas, qui gouvernent le corps et l’esprit : Vata (le mouvement), Pitta (la transformation) et Kapha (la structure). Chacun de nous porte en soi une combinaison unique de ces trois forces. Or, ce qui vaut pour la santé individuelle vaut aussi, de manière frappante, pour le leadership.
C’est ce que nous proposons d’illustrer à travers cette série d’articles mettant en lumière l’importance de la relation entre doshas et leadership.
La force et l’ombre
Un dirigeant équilibré puise dans les qualités de son dosha dominant sans en subir les excès. Un dirigeant déséquilibré, en revanche, devient prisonnier de sa propre nature : sa plus grande force se retourne contre lui. C’est ce paradoxe que nous proposons d’illustrer à travers trois figures emblématiques du monde des affaires dans cet article.
Steve Jobs : la flamme de Pitta, jusqu’à la brûlure
Pitta est le dosha du feu et de l’eau, celui de la vision, de la précision et de la volonté de transformer le réel. Un profil Pitta équilibré est un stratège brillant, exigeant, capable d’une clarté redoutable et d’une détermination qui entraîne les équipes vers l’excellence.
Steve Jobs incarnait cette intensité Pitta dans ce qu’elle a de plus créateur : une exigence esthétique absolue, une capacité à voir un produit avant qu’il n’existe, une intransigeance qui a façonné des objets devenus iconiques. Mais l’histoire de sa direction chez Apple, en particulier dans ses premières années, montre aussi le revers de la médaille : des colères mémorables, une intolérance à l’imperfection qui pouvait humilier des collaborateurs, une critique acérée confondue parfois avec de la cruauté. C’est la signature classique d’un excès de Pitta : le feu qui éclaire devient le feu qui consume. L’irritabilité, l’impatience chronique et le perfectionnisme punitif sont, en ayurveda, les symptômes d’un Pitta qui n’a plus d’espace pour se refroidir.
La leçon pour un leader Pitta : cultiver des pauses régulières, accepter l’imperfection comme une étape du processus plutôt que comme un échec, et se souvenir qu’une vision, aussi juste soit-elle, ne se transmet pas par la peur.
Note : sur cette photo, le photographe Watson a demandé à Jobs d’imaginer qu’il se trouvait face à quatre ou cinq personnes qui n’étaient pas d’accord avec lui, mais qu’il savait qu’il avait raison…
Richard Branson : l’envol de Vata, entre génie et dispersion
Vata est le dosha de l’air et de l’éther : le mouvement, la créativité, l’enthousiasme et la capacité à générer des idées en continu. Un profil Vata équilibré est un visionnaire agile, curieux de tout, capable de sentir une opportunité avant les autres.
Richard Branson, fondateur de Virgin, correspond presque parfaitement à cette énergie. Sa carrière est une succession impressionnante d’incursions dans des secteurs sans rapport les uns avec les autres — musique, aviation, télécommunications, tourisme spatial — portée par un enthousiasme communicatif et un goût du risque assumé. C’est la créativité Vata à son meilleur.
Mais Vata en excès se traduit par de l’instabilité : la dispersion, la difficulté à finaliser ce qui a été commencé, une multiplication de projets qui fragilise l’exécution. Virgin a ainsi connu plusieurs échecs retentissants (Virgin Cola, Virgin Brides, entre autres), souvent attribués à cette même tendance à se lancer avec enthousiasme sans toujours consolider les fondations. En ayurveda, un Vata déséquilibré se reconnaît à l’agitation, à l’anxiété sous-jacente et à un ancrage insuffisant dans le concret.
La leçon pour un leader Vata : instaurer des routines stables, s’entourer de profils Kapha capables de structurer et d’exécuter, et apprendre à dire non à une idée séduisante pour protéger celle qui est déjà en cours.
Steve Ballmer : la stabilité de Kapha, quand elle devient inertie
Kapha est le dosha de la terre et de l’eau : la stabilité, la loyauté, la patience et la capacité à construire dans la durée. Un profil Kapha équilibré est un leader rassurant, fidèle à ses équipes, capable de faire tenir une organisation sur le long terme.
Steve Ballmer, à la tête de Microsoft de 2000 à 2014, illustre bien cette force tranquille : un attachement profond à l’entreprise, une loyauté légendaire, une énergie inlassable dans l’exécution des plans établis. Sous sa direction, les revenus de Microsoft ont considérablement progressé.
Mais Kapha en excès devient résistance au changement. Ballmer est resté célèbre pour avoir sous-estimé, voire tourné en dérision, l’arrivée de l’iPhone en 2007, convaincu que le modèle économique de Microsoft resterait dominant sans remise en question majeure. Ce confort dans l’existant, cette difficulté à se déplacer face à une rupture technologique, sont typiques d’un Kapha déséquilibré : l’attachement au connu se transforme en aveuglement, la stabilité en inertie, la patience en procrastination stratégique.
La leçon pour un leader Kapha : s’imposer volontairement des chocs de nouveauté, s’entourer de voix qui challengent le statu quo, et se rappeler qu’une fondation solide n’a de valeur que si l’on continue d’y construire.
Se connaître pour mieux diriger
Ces trois portraits ne sont pas des jugements, mais des miroirs. Aucun dosha n’est meilleur qu’un autre : chacun porte en lui une force et, en excès, une ombre qui lui est propre. L’enjeu, pour un dirigeant, n’est pas de changer de nature, mais d’apprendre à la reconnaître, à en observer les signaux de déséquilibre — la colère qui monte trop vite, l’idée qui chasse l’idée précédente, le refus de bouger — et à y répondre avant que la force ne se retourne en faiblesse.
C’est tout l’enjeu du travail que nous menons à l’observatoire du leadership auprès des dirigeants : identifier ces schémas avant la crise, pour que la clarté, l’agilité et la stabilité restent des ressources disponibles, et non des réflexes incontrôlés.
Et vous connaissez vous votre profil ayurvédique ?
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